InterviewJeune Marine N°259

Rencontre avec SARA HEIDMAN

La carrière d’un Officier de la Marine Marchande n’est pas forcément de naviguer toute sa vie. La période charnière se situe dès lors que l’officier a le bagage et l’expérience nécessaire pour voler de ses propres ailes : Sara HEIDMAN fait partie de celles et ceux qui ont osé et réussi leur reconversion de navigant dans l’entreprenariat, elle nous a fait le plaisir de nous présenter son parcours et sa nouvelle activité sous le soleil de la côte d’Azur.

 

Jeune Marine : Bonjour Sara, tu es issue de la formation ENSM NANTES de la promo 2005, et viens de d’installer ton cabinet d’expertise maritime dans le golfe de St-Tropez : peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amenée à l’expertise ?

Sara HEIDMAN : Bonjour Aymeric, native de Marseille j’ai eu la chance depuis toute petite de passer mon temps libre sur le voilier de mon grand-père dans la Calanque de Port-Miou près de Cassis.

Cela m’a profondément marquée, au point que la navigation et la mer sont devenues une passion. Je ne voyais pas mon avenir éloigné de la mer. Dans mes souvenirs, aux retours de vacances ou de week-ends, j’ai toujours adoré longer en voiture le Port de La Joliette et ses grues immenses et pleines de rouille.

Je trouvais le tableau splendide, avec les ciels de mistral en arrière plan. Voir tous ces navires de commerce à quai avec des pavillons de pays étrangers me faisait rêver d’un ailleurs plus beau.

Des années après, la question de l’orientation se posait. La Marine Nationale ne m’intéressait guère et la Marine Marchande me faisait rêver, le choix fut logique ! J’ai rejoint d’abord l’école des Rimains à Cancale et ensuite l’Hydro de Nantes. Pour finir, j’ai dû m’orienter sur la Zeevartshcool à Anvers en Belgique, puisque en France à ce moment-là, la formation de Chef Mécanicien illimité monovalent machine n’existait pas encore, et je ne voulais pas attendre.

J’ai pu ensuite  naviguer en tant qu’officier mécanicien et évoluer au poste de Chef Mécanicien au Commerce et au Yachting. Il y a eu des embarquements où je n’ai pas vu le temps passer tellement l’équipe à bord était géniale et positive. Je pense particulièrement à l’ILE DE SEIN, LDA et au BOURBON HELENE de chez BOS. Je ne pense pas qu’on puisse retrouver ces ambiances à  terre  à présent.

J’ai ensuite travaillé comme Ingénieure navire pour le compte de la Marine Nationale et CMA CGM.

Seulement j’ai toujours voulu tenter l’aventure de l’entreprenariat et c’est tout naturellement que j’ai créé mon activité dans l’expertise maritime et la gestion de projets.

Le domaine technique maritime me passionne et je ne cesserai d’évoluer dans cette branche.

© Sara HEIDMAN

Jeune Marine : Le Var est plutôt  peuplé de navires de grande plaisance que de navires marchands, exerces-tu uniquement sur ces derniers et dans le Var ?

Sara HEIDMAN : J’exerce de Lavera/Fos à Monaco mais aussi à l’étranger. Je m’occupe de tous types de navires : Commerce, Grande Plaisance, Petit plaisance, Pêche mais je suis là aussi pour les sous-traitants et les Chantiers.

Je réalise aussi des surveys, tels que des inspections superintendant et ISM, préparations d’arrêts techniques à bord pour le compte d’armements étrangers.

J’adore la polyvalence, passer d’une activité à une autre. C’est très enrichissant intellectuellement. Je retrouve à présent à terre le piment  qui me manquait depuis mes années de navigation.

Jeune Marine : As-tu une expertise qui t’a marquée à nous faire partager ?

Sara HEIDMAN : Il y en a quelques-unes ! Mais effectivement celle qui retient mon attention c’est un cas d’école pour tout mécanicien, celui qu’on apprend depuis l’Hydro en cours machine avec le livre du Diesel Marin : un piston qui traverse le carter d’un moteur 4 temps sur un pétrolier,  suite à un défaut de serrage de tête de bielle après une visite moteur ; car je traite bon nombre de dossiers d’abordage, aussi ce genre d’avarie est-il rare pour moi.

Dernièrement, j’ai également pu participer à une expertise de cargaison de produits pétroliers qui était « Off-spec » et la semaine d’avant j’ai pu suivre un des meilleurs experts de la région sur une expertise pré-achat de Yacht d’une trentaine de mètres : très intéressant ! En somme je ne peux limiter à une expertise, car c’est la variété me plait le plus !

Depuis l’école, ce que je préférais c’était de trouver les causes des avaries, c’est stimulant. Une fois cette cause trouvée, on a la fierté du travail accompli et on apprend toujours des choses.

Jeune Marine : la profession d’Expert est désormais plus encadrée qu’avant avec une formation universitaire et une Union Professionnelle des Experts Maritimes (www.UPEM.org) que conseillerais-tu à nos lecteurs s’ils souhaitent se lancer dans l’aventure ?

Sara HEIDMAN : Echanger avec les experts en activité pour comprendre le quotidien de l’activité est un bon début.

Malgré mon bagage je crois que toute seule j’aurais mis plus de temps à y arriver. Je dois beaucoup à d’autres experts. Et puis il y a bien sûr les clients qui vous donnent votre chance.

On est tout seul au quotidien mais il y a beaucoup d’entraide.

J’espère que moi aussi lorsque je serai bien assise dans mon activité, je pourrai avoir l’opportunité de former et d’aider de nouveaux experts.

Sinon avoir une bonne RC professionnelle est une nécessité.

Une formation au Havre existe, un DU qui est reconnu et apprécié auprès des assureurs.

Jeune Marine : Ton cabinet, après seulement 1 an d’existence et dans une situation inédite, trouve désormais son rythme de croisière, que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ? Quels projets ambitionnes-tu ?

Sara HEIDMAN : Je considère mon activité encore en phase de consolidation.

Je souhaite continuer sur ma lancée, me faire connaître au plus grand nombre et être reconnue dans la région pour la qualité et le sérieux de mes dossiers…. Et crouler sous les dossiers !

 

Propos recueillis par Aymeric AVISSE

 

 

 

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